System Shock 2 : le Bio dans l’espace, c’est dégueulasse!

Cette mission avait pourtant l’air simple, au début. Faire partie de l’assistance du Von Braun, le premier vaisseau supra-luminique de l’Humanité en restant tranquillement cryogénisé, n’importe qui aurait pu s’en charger. C’est du moins ce que vous pensiez jusqu’au moment de votre réveil. Amnésique et bardé d’implants dans tout le corps, le plus beau fleuron de la race humaine s’est transformé pendant votre sieste en maison des horreurs. L’équipage a été décimé, des « survivants » zombifiés rodent dans les coursives, et l’IA du vaisseau, XERXES, est devenu folle elle aussi. En somme, l’équation parfaite d’un grand classique du jeu vidéo : la GJM, ou « Grosse Journée de Merde », dans sa version plus littéraire.

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A la lecture du pitch ci-dessus, vous vous dites certainement que ça a le goût et l’odeur de Bioshock, et vous avez raison : System Shock est le père spirituel de ce dernier. Mais assez bizarrement, c’est aussi resté une série très confidentielle malgré le succès des aventures de Rapture. Du coup, vu que j’aime bien remonter le temps et les filiations d’un jeu à un autre, je me devais de jeter un oeil à cet obscur FPS de 1999, sorti uniquement sur PC. Et le constat est clair : c’est un diamant brut, mais encore éclatant.

Chose surprenante, même si huit ans séparent les deux séries, la comparaison ne plaide pas en faveur de… Bioshock! Surtout que pour être honnête, jouer à System m’a remémoré ceci. A partir de 5 minutes 20, notamment.

Cette intro, c’est un condensé de ce que nous propose SS2 dans son ensemble : une ambiance étouffante, un univers qui veut vous assène sa propre doctrine avec un « opposant » dont on suit les ordres sans broncher, des êtres humains qui n’en ont plus que le nom… Et, pour être honnête, le fait qu’on ne trouve cette ambiance aussi forte que sur une intro, je trouve ça sage, voire trop timide. L’écart se creuse même au cours de votre avancée dans les coursives du Von Braun, avec une ambiance de plus en plus sombre et angoissante. Mention spéciale à la narration et aux doublages, particulièrement bien foutus pour l’époque.

Qu’on ne se méprenne pas, je ne dis pas ça juste pour brandir un bon gros « PC Master Race » ou d’autres « C’était mieux avant! », ce serait débile. Deux générations d’écart, ce sont deux visions du jeu vidéo et deux publics différents. Reste à savoir si vous préférez la version osée, quitte à rager par moments, ou sa petite soeur, un peu plus consensuelle mais fluide d’un bout à l’autre.

Dark Space, Dead Souls…

Oui, bon, vous pensez peut-être que je commence à délirer mais oui, System Shock, c’est un peu Dark Souls dans l’espace. D’une parce que vous passez votre temps à vous débrouiller avec ce qui traîne par terre (j’y reviendrais plus loin), mais aussi et surtout, votre personnage est dans la pratique celui que vous voulez. Le jeu utilise d’ailleurs une méthode assez originale : après avoir choisi votre première orientation, vous vous retrouvez à faire trois choix à la suite entre trois « affectations », chacune vous donnant vos premières compétences et aptitudes. Ensuite, un système de « cyber-modules » au cours de l’aventure vous permet de les upgrader avec des bornes spécifiques. Le reste? C’est vous qui décidez! Du Marine bourrin et endurant au spécialiste du psionique, les Plasmides avant l’heure, en passant par le spécialiste technologique qui avance petit à petit en piratant tout ce qui passe, le jeu vous laisse carte blanche. Quitte à complètement occulter une discipline pour vous concentrer à fond sur une autre, mais le jeu est suffisamment bien équilibré pour éviter des builds inefficaces d’un niveau à un autre. En tout cas, pour moi qui ait intentionnellement mis le psionique de côté au profit d’un mix entre assaut et piratage, ça a plutôt bien marché.

Une chose est sûre : le titre étant très axé sur la survie, la moindre petite amélioration est bonne à prendre. Les balles à foison et les stations de soin tous les dix mètres de Bioshock? Oubliez! Les armes qui vous permettent de vitrifier des salles entières? Un luxe dont vous aurez rarement l’occasion de profiter. Les soins majeurs (medkits, mais aussi stations chirurgicales) sont rares, les ennemis peuvent vite vous faire bien mal, mais c’est surtout le système d’armement du jeu qui fait tout le sel de System Shock 2.

"Ahah, il a pris la porte!"

« Ahah, il a pris la porte! »

Dans une immense majorité des FPS, il suffit de ramasser une seule fois une arme pour l’avoir en permanence, puis de ramasser les chargeurs qui traînent partout pour l’alimenter. Jusque-là, ça doit vous sembler logique. Ici par contre, une arme est considérée comme un simple item, jetable et pouvant être ramassé à l’envi. Des items qui ont d’ailleurs un compteur d’usure au fil des utilisations, au point de devenir inutilisables à moins de les réparer. Et n’allez pas croire que votre pistolet va pouvoir tirer des centaines de fois, jeunes innocents… Les armes neuves ou en très bon état sont rarissimes, et vous vous rendrez vite compte que faire une halte pour entretenir son équipement est parfois plus judicieux que de foncer dans l’inconnu tête baissée. Le panel de munitions étant d’ailleurs assez étendu (balles classiques ou anti-blindés, grenades incendiaires ou EMP), récolter des informations avant d’aller au danger est l’assurance de ne pas gaspiller ses ressources. Tout cet ensemble marche encore très bien quinze ans après, et n’a pas pris une ride…

« C’est un zombie, ou il est juste moche? »

… Encore que. Parce qu’il me semble important de rappeler un principe de base quand on parle de jeux datant de dix, quinze voire plus : des jeux Retro moches ça existe, et la nostalgie n’est pas une excuse. Que ce soit envers une direction artistique foireuse ou un système de caméra qui vous file une gueule de bois digne du Beaujolais Nouveau en moins de dix minutes, le « petit goût de banane » en moins. Et dans le cas d’aujourd’hui, je trouve ça dommage d’avoir une narration et des idées aussi bonnes couplées à un graphisme qui manque de coffre. Certes, on est à une époque ou l’esthétique crade et sordide dans le jeu vidéo n’en est qu’à ses tout débuts Resident Evil 3 et le premier Silent Hill ne sortant que la même année. On croise aussi quelques membres arrachés et des messages inquiétants sur les murs, mais il y a un détail qui plombe un peu l’ambiance : le respawn automatique d’ennemis. Peu importe que vous ayez arpenté les lieux deux ou cent fois, vous aurez toujours les mêmes ennemis aux mêmes endroits à intervalle régulier. Et c’est franchement gonflant de se faire achever par un zombie ou un robot kamikaze dans une zone totalement explorée, donc théoriquement sûre.

Une autre coup de gueule à signaler aussi par rapport aux versions actuelles du jeu. Si ces dernières sont plutôt propres en HD, même dans un format 16/9 et 1080p qui n’était pas la norme de l’époque et vierges de tout bug majeur, les quelques cinématiques n’ont pas eu droit au moindre re-lifting et là, c’est quand même une sacrée loose. Même chose pour l’absence de sous-titrage des dialogues, qui est gênante en dehors des audio-logs. Une traduction amateur en français est toutefois en cours de réalisation, trouvable avec plein d’autres mods de bon gout ici. Pour l’avoir testé le modding est assez facile avec des outils bien foutus, donc n’hésitez pas à taper dedans.

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Un petit exemple de remise à niveau avec les mods. La suite est ici : http://www.moddb.com/games/system-shock-2/mods

Globalement, ces quelques défauts pourraient être facilement effacés avec une réédition HD, voire même une simple version actualisée, comme pour bon nombre de titres des 90’s. Mais est-ce que ce jeu mérite autant son statut de jeu culte, si on met ses descendants de côté? Pour moi ça me semble mérité, mais c’est aussi un mythe d’une époque ou le genre du FPS « narratif » n’avait pas encore sa pleine maturité, cinq ans avant DOOM 3 ou Half-Life 2. Si vous n’êtes pas habitué, attendez-vous à trouver en System Shock un jeu brillant et prenant, mais aux mécaniques parfois périmées. Toutefois, à 10€ sur Steam ou GOG, ça reste un investissement tout à fait défendable, qui garantit de bons moments de stress. La moitié du prix d’un Bioshock, mais bien plus qu’une moitié d’expérience.

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